Pierre-Marie Abadie préside la 8e Conférence sur la sûreté nucléaire de l’ENSREG

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19/06/2026

La 8ème Conférence ENSREG, présidée par Pierre-Marie Abadie, confirme les enjeux sans précédent du nouveau contexte nucléaire et la mobilisation des autorités de régulation au service de la sûreté, facteur clé de la performance globale.

Pierre-Marie Abadie, président de l’ASNR, a présidé la 8ème Conférence sur la sûreté nucléaire co-organisée par l’ASNR et l’ENSREG, le Groupe européen des autorités de sûreté nucléaire, les 16 et 17 juin 2026 à Bruxelles (Belgique).

Le thème général de la conférence, « Réglementer la sûreté nucléaire dans un environnement à enjeux et en rapide évolution », a été l’occasion, pour les représentants d’autorités de sûreté nucléaire, d’organismes de recherche, d’appuis techniques, d’organisations internationales, de la Commission européenne, de l’industrie, de la société civile, d’organisations non gouvernementales, d’aborder les enjeux et opportunités du contexte actuel en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection.

La conférence a réuni plus de 230 personnes, représentant l’ensemble des acteurs de l’écosystème, principalement européen, de la sûreté nucléaire. Elle a largement confirmé la volonté de tous d'intensifier le dialogue collectif ainsi que la place prépondérante de l'Europe dans les débats actuels. De fortes convergences stratégiques entre autorités de sûreté sur les principaux enjeux d'actualité ont été exprimée, convergences rendues possibles par l'existence de coopérations techniques de longue date entre acteurs concernés, notamment dans le cadre des réseaux WENRA, ENSREG, HERCA et ETSON.

 

Dans le contexte du renouveau du nucléaire, la sûreté reste la priorité

Dans son introduction, Pierre-Marie Abadie a notamment rappelé que le secteur nucléaire, fort des fondamentaux de sûreté et de radioprotection construits sur la longue durée, était désormais entré dans un nouveau cycle, après une décennie marquée par le renforcement de la sûreté à la suite de l’accident de Fukushima. Il a estimé que, si la sûreté restait la priorité absolue, les autorités de sûreté devaient désormais répondre à de nouveaux défis. 

Son discours introductif a rappelé la relance du nucléaire dans plusieurs pays, motivée par la décarbonation et la sécurité énergétique, s’accompagnant de projets de nouveaux réacteurs et de prolongation de la durée de vie des installations existantes. Parallèlement, il a fait état de l’émergence de technologies innovantes, comme les petits réacteurs modulaires (SMR), l’intelligence artificielle et les outils numériques, qui crée à la fois des opportunités et de nouveaux défis pour la sûreté. Pierre-Marie Abadie a estimé que les autorités de sûreté devaient renforcer leurs compétences, leur agilité et leur coopération avec l’ensemble des acteurs du secteur, tout en préservant leur indépendance. Il a également réaffirmé que, dans ce contexte, la sûreté et la radioprotection étaient le fondement indispensable d’un développement nucléaire durable, crédible et accepté par la société.

Une sûreté ouverte sur l’innovation et le dialogue

La conférence a confirmé l’importance pour les autorités de sûreté de développer leurs compétences pour accompagner le développement des technologies disruptives, telle que l’intelligence artificielle, de maintenir des relations étroites avec les organisations internationales, comme l’AIEA ou l’AEN, et de contribuer à la performance industrielle globale. La sûreté a été rappelée comme étant un bien commun à préserver, ne devant pas être opposée à l’innovation ou à l’efficience des projets industriels. L’indépendance des autorités, qui est indispensable, ne signifie pas l’isolement. Les autorités de sûreté doivent pouvoir interagir avec le secteur, les autres régulateurs et les parties prenantes.

 

Mieux dialoguer en amont pour renforcer la sûreté

Si le rôle des autorités dans le contexte actuel de renouveau du nucléaire a été abordé, avec une attente forte pour une réglementation stable, proportionnée et prédictible, la conférence a permis de rappeler que le manque de stabilité ou la complexité de certains projets industriels n’étaient pas favorables à la sûreté. L’intérêt que l’industrie et les autorités de sûreté échangent très en amont pour prendre en compte les exigences de sûreté à un stade précoce du développement industriel des projets a été reconnu par tous. De même, la conférence a permis de reconnaître que le défi actuel ne consistait pas à réduire les exigences réglementaires, mais à clarifier les attentes respectives. 

L’expertise et la recherche, piliers de la sûreté nucléaire et de la radioprotection

Un large consensus s’est dégagé sur la nécessité pour les autorités de sûreté de s’appuyer sur une recherche forte et de collaborer étroitement avec les experts. Le besoin que les programmes de recherche conduits au sein des divers instituts ou organisations internationales soient coordonnés et guidés par une finalité de soutien aux autorités de sûreté nucléaire a par ailleurs été réaffirmé, ainsi que le besoin que la recherche soit plus réactive et conduite dans une perspective de mise en œuvre concrète de ses résultats.

 

Renforcer la préparation et la coopération internationale pour faire face aux crises

La guerre en Ukraine a largement été évoquée lors de cette conférence. En particulier, il a été rappelé combien ce conflit avait profondément modifié les hypothèses sur lesquelles reposent la sûreté et la sécurité nucléaires, et selon lesquelles les installations nucléaires sont supposées ne jamais pouvoir subir d’attaques militaires. Le défi de l’équilibre entre maintien de la sûreté et de la sécurité nucléaires d’une part, et la préservation de l’approvisionnement en électricité d’autre part, a été relevé et suppose une préparation, notamment juridique, dès le temps de paix. L’importance de renforcer la coopération et la coordination internationales, notamment au niveau des autorités de sûreté nucléaire et de radioprotection, a été très largement mise en avant, de même que la nécessité de mettre en œuvre des mesures de préparation proactives en temps de paix, de disposer de cadres décisionnels structurés et de faire évoluer davantage les dispositifs juridiques et réglementaires afin de concilier les considérations de sûreté nucléaire avec les besoins sociétaux plus larges.

 

La confiance du public au cœur de la sûreté nucléaire et de la radioprotection

La compétence des autorités de sûreté, leur indépendance, leur capacité à partager et expliquer ont été citées comme facteurs clés pour préserver et renforcer la confiance du public dans la sûreté nucléaire et son contrôle. La conférence a mis en évidence que l’engagement sociétal, par le biais d’un dialogue actif et continu avec le public et les parties prenantes, favorisait la confiance que le public pouvait avoir dans les décisions des autorités. 

La transparence, permettant notamment l’accès à une information claire, actualisée et compréhensible, a été également mise en avant lors de cette conférence, et le cas particulier des échanges transfrontaliers d’information entre autorités de sûreté nucléaire de pays géographiquement proches a été discuté. Les représentants des ONG ont appelé à une plus grande ouverture, un accès plus facile à l’information et des garanties plus solides que les positions réglementaires ne sont pas influencées par les intérêts de l’industrie ou des groupes de pression.

Les défis collectifs pour l’ensemble des acteurs de l’écosystème de la sûreté nucléaire et de la radioprotection 

Dans sa conclusion, P.-M. Abadie a salué la mobilisation des autorités de sûreté pour relever les nouveaux défis, et appelé l’ensemble des acteurs de cet écosystème, régulateurs, experts, industriels, société civile, à défendre et préserver l’écosystème de sûreté. Il a également mis en lumière cinq défis collectifs majeurs pour l’ensemble des acteurs de l’écosystème de la sûreté nucléaire et de la radioprotection :

  • Le premier défi concerne la construction de nouveaux réacteurs, un enjeu industriel complexe qui dépasse les seules questions de conception. La sûreté doit être intégrée à toutes les étapes des projets, depuis la conception jusqu’à la gestion des travaux et de la chaîne d’approvisionnement. Les autorités de sûreté doivent accompagner ces projets en clarifiant, au bon moment en regard des grands jalons du projet, leurs exigences de sûreté et en développant leurs propres compétences techniques, organisationnelles et managériales.
  • Le deuxième défi est celui de la standardisation. Si une convergence réglementaire existe déjà largement en Europe grâce aux travaux de WENRA, elle aura forcément des limites, au regard des spécificités locales et l’enjeu principal réside dans la standardisation par l’industriel, des conceptions et des méthodes de construction afin de favoriser la réplication, la qualité et la sûreté. Les initiatives de coopération entre autorités, experts et porteur de projets, contribuent à cet objectif.
  • Le troisième défi porte sur la construction d’une approche graduée et proportionnée de la sûreté, qui passe par un dialogue technique approfondi et une approche collégiale permettant de hiérarchiser les enjeux de sûreté entre eux.
  • Le quatrième défi souligne l’importance de la recherche et de l’expertise scientifique pour réduire les incertitudes, développer de nouvelles méthodes d’évaluation et soutenir des décisions crédibles, ce qui suppose des financements pérennes, nationaux et européens.
  • Enfin, le cinquième défi est celui de l’agilité organisationnelle. Les crises récentes ont montré la nécessité, mais aussi la capacité de nos organisations, de s’adapter rapidement tout en préservant la rigueur, la transparence et la robustesse des processus.

P.-M. Abadie a terminé en soulignant l’atout majeur que constituait la dimension européenne pour relever les défis actuels. Il a rappelé qu’au-delà des différences nationales, les pays européens partageaient des valeurs communes (indépendance, transparence, dialogue et décisions fondées sur la science) et bénéficiaient de la diversité de leurs expertises. Grâce à une culture de coopération et à des initiatives communes, les États-membres ont démontré leur capacité à mutualiser leurs compétences, à construire des positions communes et à porter une voix européenne pour renforcer durablement la sûreté nucléaire et la radioprotection.

Pierre-Marie Abadie, président de l'ASNR, ouvre la 8e Conférence sur la sûreté nucléaire, co-organisée par l'ASNR et l'ENSREG
Séance d'ouverture de la 8e conférence ENSREG.
Intervention d'Olivier Gupta, directeur général de l'ASNR et vice-président de WENRA, lors de la session consacrée à la relation entre performance industrielle et sûreté nucléaire.
Intervention de Vincent Lagneau, directeur scientifique de l'ASNR, lors de la session consacrée à la place de la recherche, de la science et de l’expertise dans le processus de décision réglementaire.
Intervention de Jean-Luc Lachaume, commissaire de l'ASNR et président d'HERCA, lors de la session sur les enjeux, pour la sûreté nucléaire, des conflits armés.
Plus de 230 participants ont assisté à la conférence.
Le comité d'organisation de la 8e conférence de l'ENSREG.
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