L’ASNR publie les résultats de son étude de la rémanence de la radioactivité d’origine artificielle en France métropolitaine

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05/06/2026

Quarante ans après l’accident de Tchernobyl et la fin des essais atmosphériques d’armes nucléaires, l’ASNR a entrepris d’actualiser et de compléter les mesures environnementales faites à différentes reprises sur les zones les plus touchées par les retombées radioactives de ces évènements sur le territoire français métropolitain. Une étude de l’IRSN publiée en 20161 avait notamment montré que ces zones du territoire témoignaient encore de niveaux de radioactivité artificielle supérieurs ou très supérieurs à ceux observés sur le reste de l’Hexagone. Ce sont les zones dites « de rémanence élevée » (ZRE) de la radioactivité d’origine artificielle.

Une stratégie de surveillance ciblée au niveau des zones de rémanence élevée

Une stratégie de prélèvements et d’analyses radiologiques basée sur les cartographies des dépôts radioactifs et sur les connaissances acquises lors d’études antérieures a été établie. Ainsi, des sites d’étude ont été ciblés dans les zones du pays où la rémanence des retombées des essais atmosphériques d’armes nucléaires durant la guerre froide et de l’accident de Tchernobyl est potentiellement la plus élevée. Ces sites sont situés dans les Vosges, en Alsace, dans la Vallée du Rhône, le Puy-de-Dôme, l’Est de la Corse, les Alpes-de-Haute-Provence et les Pyrénées-Atlantiques (points jaunes de la carte ci-dessous).

Les zones étudiées
Les zones étudiées
Découpage d’une carotte de sol
Découpage d’une carotte de sol - © L. Pourcelot

Nature des échantillons et radionucléides analysés

Les échantillons prélevés sont des échantillons de sols, d’herbages et de denrées végétales et animales. Les radionucléides analysés sont ceux dont la période radioactive est suffisamment longue pour qu’ils soient encore aujourd’hui présents en quantités mesurables. Il s’agit du césium 137 présent aussi bien dans les retombées de l’accident de Tchernobyl que dans celles des essais nucléaires, ainsi que du strontium 90, des isotopes du plutonium et de l’américium 241 qui proviennent uniquement de cette seconde origine. En complément de ces prélèvements, une cinquantaine de mesures in situ de la concentration du césium 137 dans les sols et du rayonnement gamma ambiant (débit de dose) émis par ce radionucléide, ont été réalisées.

Résultats de l’étude

L’étude confirme que, dans les zones de rémanence élevée (ZRE), la radioactivité d’origine artificielle mesurée dans les sols, les herbages et certaines denrées est plus élevée qu’ailleurs en France.  Dans les ZRE, les activités de césium 137 sont souvent supérieures à 10 Bq/kg sec, avec des maximales pouvant dépasser 100 Bq/kg sec, alors qu’en dehors de ces zones, les activités sont généralement inférieures à 10 Bq/kg sec. Dans le lait, les activités volumiques de césium 137 et de strontium 90 provenant des ZRE sont supérieures (d’un facteur 10 et d’un facteur 2 respectivement) aux activités mesurées dans le lait provenant du reste du territoire.

Cet écart entre les ZRE et le reste du territoire n’est en revanche pas perceptible dans les denrées agricoles (légumes-feuilles, pommes de terre, blé…). En effet, pour ces denrées, la forte variabilité des concentrations de césium 137 et de strontium 90, liée à la diversité des pratiques culturales, masque les différences inter-régionales dues à l’hétérogénéité des dépôts radioactifs anciens. 

Par ailleurs, la diminution des concentrations de césium 137 et de strontium 90, observée sur plusieurs décennies dans certaines denrées, se poursuit. Cette diminution, avec des vitesses variables, est observée pour le césium 137 dans le lait, la viande de bœuf et le vin, ainsi que pour le strontium 90 dans le lait et le fromage. 

Les analyses effectuées montrent que les concentrations en césium 137 dans les denrées forestières échantillonnées en 2024-2025 sont de l’ordre de 100 fois supérieures à celles des denrées agricoles mais présentent une très grande variabilité, y compris à l’échelle d’une même commune. Ces activités élevées en milieu forestier s’expliquent par le transfert d’une partie de ce radionucléide du sol vers les végétaux de la forêt, puis de son retour dans la litière, à la surface du sol ainsi que par le fait que ce milieu est peu perturbé par les activités humaines, en comparaison des prairies et des cultures. En milieu agricole, le césium 137 fixé sur les argiles devient progressivement de moins en moins disponible pour les racines des végétaux qui puisent le césium présent dans l’eau du sol (diminution de la biodisponibilité).

Certaines des données acquises dans le cadre de cette étude ont également permis de confirmer ou de compléter les estimations d’exposition de la population à la rémanence de la radioactivité artificielle faites lors de récentes études de l’IRSN et de l’ASNR (IRSN 20222 et ASNR 20253). Ainsi et bien que la réévaluation des doses reçues par ingestion n’était pas l’objectif de cette étude, les résultats acquis dans ce cadre sont tout à fait concordants avec ceux sur la base desquelles les doses ont été estimées en 2022. Ils confirment la dose moyenne par ingestion de 3,3 µSv/an estimée pour des adultes qui résident en ZRE, hors consommation de champignons sauvages et de gibiers. Par ailleurs, la consommation des produits de la forêt (gibier et champignons) analysés dans le cadre de la présente étude serait à l’origine d’une dose interne variable selon les habitudes de consommation, comprise entre 1 et 24 µSv/an, qui s’ajoute à la dose annuelle liée à l’ingestion des autres denrées issues des zones de rémanence élevée.

Enfin, les résultats des mesures de débit dose gamma ambiant dû au césium 137 présent dans les sols, effectuées dans le cadre de cette étude, permettent d’estimer les doses efficaces externes annuelles. Ces mesures présentent notamment l’intérêt d’avoir été réalisées dans certaines parties du territoire plus fortement touchées par les retombées anciennes et qui n’avaient jamais fait l’objet de mesures de ce type auparavant. Pour les personnes qui résideraient en milieu rural sur des zones parmi les plus touchées du territoire et passeraient en moyenne 8 heures par jour à l’extérieur, du fait de leur travail par exemple, les doses efficaces externes sont estimées entre 10 et 36 µSv/an. Mais pour la majeure partie de la population résidant en milieu urbain et ne passant que 2 à 3 heures par jour à l’extérieur, cette dose se situe autour de 1 µSv/an.