L’ASNR retrace 80 ans d’exposition de la population française aux retombées radioactives de toutes origines

  • Note d'information

15/07/2026

Depuis 1945, la France métropolitaine a subi des retombées atmosphériques radioactives de diverses origines : essais d’armes nucléaires, accidents de Tchernobyl et de Fukushima, accident d’Algésiras, incendies de forêts, poussières sahariennes…. L’ASNR dresse un bilan général sur ces retombées et leurs conséquences radiologiques pour la population.

Le rapport revient tout d’abord sur les niveaux de ces retombées radioactives en termes de concentrations dans l’air, de dépôts à la surface du sol et de contamination des denrées alimentaires. Pour chacune de ces retombées, les voies d’exposition des personnes à cette radioactivité sont ensuite détaillées : inhalation de particules radioactives dans l’air, ingestion de denrées contaminées, exposition externe aux dépôts radioactifs…. 

Les doses efficaces reçues par la population française ont beaucoup évolué depuis 1945. Les plus élevées ont été reçues en 1958 puis entre 1961 et 1963, au plus fort de la guerre froide et des retombées des essais atmosphériques d’armes nucléaires américano-soviétiques, ainsi qu’en 1986 et 1987, à la suite des retombées de l’accident de Tchernobyl. Ces années-là, les doses efficaces moyennes ont été estimées à plusieurs centaines de microSieverts par an. Elles étaient très variables suivant les régions et ont pu atteindre 1 mSv/an dans les zones les plus touchées. En dehors de ces années, elles sont restées inférieures à 100 µSv pour la grande majorité des Français. En 2011, les retombées de l’accident de Fukushima ont été très faibles et fugaces, de l’ordre de quelques microSieverts. Les conséquences dosimétriques des autres évènements présentés dans ce bilan ont quant à elles été insignifiantes.

Doses efficaces moyennes annuelles estimées (µSv/an) pour des adultes travaillant en intérieur en milieu urbain pour six années clefs de leur évolution

Les doses moyennes à la thyroïde ont dépassé 1 mSv pour les enfants sur l’ensemble du territoire en 1958, puis de 1961 à 1963. En 1962 et pour les enfants de 1 à 2 ans (classe d’âges la plus exposée), elles ont été de l’ordre de 10 mSv en moyenne pour l’ensemble du territoire. En 1986, elles ont aussi été de l’ordre de 10 mSv dans les départements de l’Est du pays les plus touchées par les retombées de l’accident de Tchernobyl. 

Ces doses moyennes cachent une variabilité dont les causes ont également évolué suivant les périodes : durant les retombées des essais atmosphériques d’armes nucléaires, la principale source de variabilité des doses efficaces a été le lieu de résidence en liaison avec la répartition spatiale des dépôts radioactifs. A la suite des retombées de l’accident de Tchernobyl, les principales causes de variabilité ont été : la consommation de denrées forestières (champignons et gibiers), le lieu de résidence, le type d’environnement (rural ou urbain) et le mode de vie. Lors des « bouffées » d’iode 131 dans l’air, les doses à la thyroïde ont pu fortement varier avec les quantités de légumes et de produits laitiers consommés frais. Ainsi, les enfants résidant dans l’Est du pays entre mai et juillet 1986, ont pu recevoir des doses à la thyroïde de quelques dizaines de mSv qui ont pu atteindre 100 mSv sur les zones les plus touchées par les retombées de l’accident de Tchernobyl. Cela a aussi été le cas en 1958 et de 1961 à 1963, sur l’ensemble du territoire, lors des retombées des essais nucléaires.

Aujourd’hui, les doses efficaces liées à la rémanence des retombées atmosphériques anciennes sont très faibles : comprises entre 3 et 30 µSv/an pour la plupart des Français. Elles constituent toutefois la principale source d’exposition de la population à la radioactivité artificielle dans l’environnement, devant celles liées aux rejets des installations nucléaires. De plus, la consommation régulière de champignons sauvages et du gibier peut induire une dose supplémentaire de plusieurs dizaines de microSieverts par an.

Mais, même au plus fort des retombées des essais atmosphériques d’armes nucléaires ou en 1986 lors des retombées de l’accident de Tchernobyl, les doses efficaces dues à la radioactivité artificielle dans l’environnement n’ont le plus souvent pas excédé le dixième de celles dues à la radioactivité naturelle.