Premier Rapport annuel de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025

  • Institutionnel

  • Communiqué de presse

28/05/2026

"Nous devons maintenir un haut niveau d’exigence en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection et mieux anticiper les grandes échéances"

L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a présenté le 28 mai à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), son premier Rapport sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025. À cette occasion, elle a posé les enjeux et exprimé ses points d’attention face aux ambitions en matière de nucléaire. Elle est revenue sur les actualités marquantes de l’année 2025. Enfin, elle a porté ses appréciations sur les actions de chaque exploitant et par domaine d’activité.

Audition de l'ASNR par l'OPECST le 28 mai 2026
Audition de l'ASNR par l'OPECST le 28 mai 2026

La sûreté nucléaire et la radioprotection sont un « bien commun » national et international. Dans un monde complexe, confronté à des défis géopolitiques, économiques et climatiques, la sûreté est indissociable de la performance globale du secteur nucléaire, tant dans l’exploitation des installations existantes que pour les projets neufs. Elle appelle une action proportionnée aux enjeux, une écoute des signaux faibles, tout en veillant à maîtriser la complexité collective.

La France s’engage dans un programme de construction de réacteurs et d’usines du combustible. Il porte des défis propres, pour les exploitants, les filières industrielles et l’ASNR. La réplication et la standardisation doivent permettre un cercle vertueux, également favorable à la sûreté : pour cela il faut anticiper pour "dérisquer" l’instruction des projets, stabiliser les référentiels techniques, pour permettre la standardisation, assurer la maîtrise et la qualité des fabrications.

Pour les installations existantes, l’enjeu premier est le maintien des meilleurs niveaux de sûreté et l’anticipation des grandes échéances : c’est l’objectif de l’instruction générique en cours sur la durée de fonctionnement des réacteurs à l’horizon de leurs 60 ans, ou du programme "Pérennité – Résilience" d’Orano portant les perspectives d’exploitation des usines du combustible au-delà de 2050. Ces actions doivent être associées à une réflexion structurée sur le renouvellement des installations à plus ou moins long terme, afin de ne jamais avoir à arbitrer entre sûreté et production.

Dans le domaine médical, l’ASNR relève la persistance de fragilités et la survenue d’événements significatifs de radioprotection. Elle appelle à un renforcement de la culture de radioprotection. Par ailleurs, au-delà de l’information délivrée aux patients, l’information du public nécessite d’être plus lisible, lui permettant de distinguer plus facilement un incident mineur d’un événement plus grave. L’ASNR appelle les sociétés savantes à réfléchir à l’élaboration d’échelles adaptées, tant pour les procédures radiologiques et de médecine nucléaire à visée diagnostique que pour la radiothérapie interne vectorisée.

À l’international, le contexte reste marqué par un engouement pour des projets nucléaires, souvent innovants, de toutes natures. Cet élan se traduit par une demande de standardisation, d’harmonisation voire de simplification des approches réglementaires, notamment pour les petits réacteurs modulaires (PRM, ou SMR en anglais). L’ASNR, qui participe activement aux travaux internationaux dans ce domaine, considère que l’harmonisation des processus d’autorisation à l’échelle internationale est irréaliste, compte tenu des spécificités de chaque pays. L’ASNR estime en revanche que l’examen conjoint par plusieurs Autorités de sûreté des options de conception d’un même projet, en amont des processus d’autorisation, est de nature à en faciliter le développement.

Sûreté nucléaire et radioprotection en 2025 - Audition de l'ASNR par l'OPECST

Les sujets d’actualité marquants de l’année 2025

Renforcement nécessaire de la culture de radioprotection après plusieurs événements significatifs affectant des cohortes de patients 

L’année 2025 a été marquée par une récurrence inédite, en radiologie conventionnelle, d’événements significatifs de radioprotection sur des cohortes de patients, dont des enfants. Ces événements ont en commun un défaut de paramétrage de l’appareil à sa mise en service, entraînant des erreurs systématiques, détectées tardivement. Ils témoignent d’insuffisances dans la culture de radioprotection, notamment dans la démarche d’optimisation des doses. 

L’ASNR souligne l’importance de la formation et de l’habilitation du personnel, ainsi que de la formalisation des pratiques lors de la mise en service de tout nouveau matériel ou nouvelle pratique. Elle attire l’attention sur l’importance de l’évaluation dosimétrique à des fins d’optimisation dès l’installation et pendant toute la durée de service. 

Sur le terrain, l’ASNR renforce son contrôle en 2026 par une campagne d’inspection en radiologie conventionnelle dans les centres qui réalisent des examens pédiatriques. Pour assurer la sensibilisation de l’ensemble des professionnels, un outil d’auto-évaluation sera mis à leur disposition, pour les accompagner dans la maîtrise de la conformité réglementaire et dans le déploiement des bonnes pratiques. Enfin, une fiche d’information "Retour d’expérience" est diffusée, pour alerter sur ces incidents, favoriser leur détection et éviter leur répétition.

Tirer le retour d’expérience de l’EPR de Flamanville pour garantir la sûreté nucléaire dans la durée du programme industriel EPR 2

En 2025, l’ASNR a été fortement mobilisée pour instruire la demande d’autorisation de deux réacteurs EPR 2 à Penly, à la suite de son avis de 2019 sur leurs options de sûreté. L’expertise technique, achevée début 2026, n’a révélé aucun obstacle majeur et permet d’envisager une prise de position rapide. Tirant les enseignements de Flamanville, l’ASNR a fait évoluer son contrôle de la conception et de la fabrication des équipements nucléaires. Cette évolution vise un contrôle plus anticipé afin de prévenir les écarts et d’assurer un cadre stable pour le programme EPR 2. L’instruction a également permis d’autoriser le lancement de la fabrication de plusieurs équipements majeurs. Par ailleurs, l’ASNR insiste sur la nécessité d’assurer une qualité irréprochable de la chaîne d’approvisionnement, encore fragilisée. C’est pourquoi, elle renforce ses inspections en ce sens. Elle souligne que les efforts d’accompagnement d’EDF doivent se poursuivre pour garantir le niveau d’exigence requis. Enfin, des points de vigilance ont été identifiés concernant les caractéristiques du sol du projet d’EPR 2 à Gravelines et les analyses se poursuivront en 2026.

Inscrire dans la durée le contrôle de la sûreté du parc électronucléaire en exploitation 

En 2025, le démarrage et la montée en puissance de l’EPR de Flamanville ont fait l’objet d’un contrôle spécifique par l’ASNR, la transition vers l’exploitation s’étant déroulée sans impact significatif sur la sûreté malgré plusieurs événements. Un premier arrêt pour rechargement du combustible est prévu à l’automne 2026, avec un programme important de contrôles et de remplacements. Par ailleurs, la corrosion sous contrainte a conduit à la détection depuis 2021 de plus de 80 fissures, sans remettre en cause la maîtrise globale de la situation grâce aux moyens de contrôle et de réparation d’EDF. L’exploitant a proposé une stratégie de surveillance à long terme, sur laquelle l’ASNR se prononcera en 2026. Dans le même temps, une part croissante des réacteurs du parc dépasse 40 ans de fonctionnement, ce qui impose de maîtriser le vieillissement des installations, de s’adapter aux nouvelles contraintes, notamment climatiques et de rapprocher leur niveau de sûreté de celui des réacteurs récents. Après avoir précisé en 2025 les conditions de prolongation d’exploitation jusqu’à 50 ans, l’ASNR se prononcera fin 2026 sur les perspectives de fonctionnement au-delà de 60 ans. Enfin, les inspections montrent qu’EDF doit encore progresser en matière de maintenance, de gestion des pièces de rechange et de suivi des activités sous-traitées.

Pérenniser les usines du combustible 

La chaîne industrielle du combustible nucléaire, de l’extraction de l’uranium au stockage des déchets, repose sur des installations nombreuses et interdépendantes, dont la défaillance peut fragiliser l’ensemble. La poursuite du retraitement décidée par le Gouvernement implique de renforcer la résilience des installations existantes et de préparer leur renouvellement à long terme. En 2025, l’usine Melox a redressé sa production, et l’usine de La Hague a atteint ses objectifs ; la maîtrise industrielle va avec la sûreté, et ces niveaux de production contribuent à limiter le risque de saturation des capacités d’entreposage. Néanmoins, ces capacités resteront contraintes jusqu’à la mise en service de nouvelles installations à La Hague, attendues dans le premier volet du programme "Aval du futur", premier volet qui prévoit également une nouvelle usine de MOX "Melox 2". Suivront un ensemble complet d’ateliers composant une nouvelle usine de retraitement. Ce projet structurant vise à assurer la robustesse de la filière, avec une organisation dédiée à l’interface entre Orano et l’ASNR pour instruire les futures options de sûreté. Parallèlement, les travaux de modernisation et de prolongation des usines existantes se poursuivent pour garantir leur pérennité. Ceux-ci restent, de facto, une priorité de premier rang, car il s’agit des usines qui fonctionnent aujourd’hui et encore pour peut-être trois décennies. Enfin l’ASNR rappelle l’incontournable nécessité de poursuivre la résorption des passifs des usines des générations précédentes ; les démantèlements et la reprise des déchets anciens avancent, mais jamais aussi rapidement que nécessaire. Ce sujet doit être considéré comme une partie intégrante des projets d’avenir du cycle du combustible.

Sanctuariser des ressources humaines et financières pour faire face aux charges patrimoniales

À l’heure de la relance du nucléaire, l’attention portée aux installations anciennes, en fonctionnement ou à l’arrêt, doit rester élevée, notamment lors des phases de démantèlement. Ces opérations sont longues et complexes, nécessitant des préparations importantes pour traiter des situations non prévues à l’origine, comme la gestion de déchets ou de pollutions. Elles mobilisent des moyens financiers, techniques et humains conséquents, parfois lourds. Faute de ressources suffisantes, de nombreux chantiers sont retardés, augmentant les risques pour l’environnement et les personnes ainsi que les coûts associés. Le CEA est particulièrement concerné, avec un grand nombre d’installations à démanteler. Son programme, établi en 2019, reposait sur une priorisation des risques mais accuse aujourd’hui des retards significatifs. Une révision en profondeur apparaît nécessaire pour rester cohérent avec les enjeux. Dans ce contexte, il est essentiel de sécuriser les moyens nécessaires à la réalisation des démantèlements. L’ASNR attend ainsi du CEA une stratégie actualisée, intégrant le retour d’expérience. Celle-ci devra être accompagnée d’un calendrier consolidé. Cette mise à jour est attendue pour 2026 afin d’assurer une gestion plus efficace et sûre.

Un projet Cigéo qui se poursuit

En 2025, l’ASNR a achevé l’instruction technique du projet Cigéo et le dialogue avec les parties prenantes. Elle a rendu un avis en fin d’année, présenté à l’OPECST. Celui-ci estime que la démonstration de sûreté a atteint un niveau de maturité suffisant à ce stade. L’inventaire des déchets proposé par l’ANDRA est jugé solide pour encadrer le stockage. Enfin, le calendrier global du projet est considéré comme réaliste, malgré des compléments attendus et une forte attente du public.

Les appréciations 2025 de l’ASNR

Les appréciations concernant le domaine médical

L’ASNR considère, sur la base des inspections conduites en 2025 et d’une analyse faite sur la période permettant de couvrir l’ensemble du parc des installations à enjeux, que l’état de la radioprotection dans le domaine médical se maintient à un niveau satisfaisant, relativement comparable d’une année sur l’autre.

Le constat global doit être nuancé par des fragilités persistantes en radioprotection. Des situations dégradées ont conduit à des mises en demeure d’établissements de santé. Des événements significatifs révèlent un manque de culture de radioprotection. Des erreurs continuent d’être observées (radiothérapie, étalonnage, etc.). Des dépassements de doses concernent certains praticiens et des patients, parfois en nombre. Des patients, y compris des enfants, ont reçu des doses trop élevées, parfois détectées tardivement.
Cette situation s’inscrit dans un contexte de dégradation des ressources humaines spécialisées. Le recours à des prestataires externes mal maîtrisés fragilise les pratiques et les compétences internes.
La complexité des organisations entraîne un risque de dilution des responsabilités. Enfin, certaines dérives (prestations non certifiées, certificats de conformité falsifiés) aggravent les préoccupations de l’ASNR.

Le contrôle des installations d’EDF

La sûreté des centrales nucléaires s’est maintenue à un niveau satisfaisant en 2025. L’ASNR constate une amélioration de la qualité d’exploitation des réacteurs nucléaires. 

Le risque incendie reste un enjeu majeur, malgré l’absence de conséquences sur la sûreté en 2025. Des progrès sont notés en détection, intervention et formation, avec une meilleure organisation chez EDF. Des améliorations restent nécessaires concernant le stockage temporaire de matières combustibles lors des chantiers et des opérations de maintenance. Enfin, la gestion des situations de crise est globalement satisfaisante, mais des efforts restent à faire sur les moyens d’intervention et la formation.

Le contrôle des installations d’Orano

L’ASNR juge le niveau de sûreté des installations d’Orano satisfaisant et globalement stabilisé. Les projets de renouvellement et de modernisation avancent bien, mais les délais restent très contraints. Orano doit maintenir ses efforts sur la pérennisation et l’amélioration de la sûreté des installations actuelles, qui sont désormais appelées à se projeter dans un horizon de production porté à 2060, et sur la gestion du passif des substances radioactives entreposées sur ses sites.

Le contrôle des installations du CEA

La majorité des installations de recherche du CEA sont anciennes, et certaines sont désormais arrêtées. Cela entraîne des défis importants liés à leur démantèlement et à la gestion des déchets historiques. L’ASNR considère que la sûreté globale reste maîtrisée sur ces installations. Cependant, les projets de pérennisation, de démantèlement et de gestion des déchets présentent des résultats inégaux. Ils restent exposés à des aléas techniques et organisationnels significatifs. Malgré des progrès dans le pilotage des projets, les performances restent limitées. Les ressources disponibles et les capacités des prestataires constituent des contraintes importantes. De plus, la réalité des chantiers est souvent plus complexe que prévu. Cela entraîne des retards importants, voire des remises en cause de certains projets. Dans ce contexte, la maîtrise des projets et la priorisation des opérations sont centrales ; c’est l’objet d’échanges entre l’ASNR et le CEA, en lien avec la mise à jour en cours de la stratégie nationale de démantèlements et de gestion des déchets du CEA.

Le contrôle des installations de l’Andra

L’ASNR note la poursuite de la dynamique positive au sein de l’équipe de l’Andra en charge de l’instruction du dossier de demande d’autorisation de création de l’installation stockage en couche géologique profonde Cigéo, déposée le 16 janvier 2023, et dont l’instruction technique s’est achevée en 2025. 


Contact presse nationale :
Pascale Portes | 01 58 35 70 33 | pascale.portes@asnr.fr

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L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection est une autorité administrative indépendante créée le 1er janvier 2025. 
L’ASNR assure, au nom de l’État, le contrôle des activités nucléaires civiles en France et remplit des missions d'expertise, de recherche, d’appui aux autorités en situation d’urgence radiologique, de formation et d’information des publics.